Un itinéraire amoureux
« Au pays qui te ressemble », chante Baudelaire. Et moi, à quel pays aimerais-je ressembler ? Nul besoin de réfléchir longtemps, ni même d’hésiter : l’Italie. C’est la beauté que j’envie, ses paysages que j’aimerais avoir pour portrait à défaut de miroir. A chacun des voyages qui me mènent vers elle, je la rêve contagieuse. Je la contemple, je l’aspire, je lui demande de pénétrer mon âme pour en capter la douceur, et cette fierté guerrière qui lui a donné ses plus beaux villages, ses tours de guet, ses saints et ses rebelles, le piquant de ses flèches et de ses campaniles, ses artistes et ses lumières. […] Longtemps je me suis interrogée sur cette impression d’allégresse qui me submerge à l’idée d’y partir, et sur ce dolce tormento que chante Monteverdi et qui me pince le coeur lorsque je suis restée trop loin de ses rivages. Pourquoi cette joie, bien plus grande qu’à la perspective d’une autre destination ? Pourquoi, d’elle, ce qi est bien plus qu’un désir — un besoin ?
Lorsque l’année dernière j’avais cherché Bella Italia de Frances Mayes, j’étais tombé sur ce récit de Christiane Rancé, qui porte le même titre, et je l’avais mis dans ma liste. Le projet initial, puisque cette année est une « année Italie », était de l’emporter avec moi, et de le lire sur place. Mais, nonobstant que la pile de ce que je voudrais lire sur place commence à ressembler à la tour de Pise et qu’il va me falloir faire des choix, j’ai eu envie de repartir sur les routes italiennes dès maintenant, pour me mettre dans l’ambiance, et parce que je suis impatiente — du reste, le lire sur place n’aurait rimé à rien : je serai dans les Pouilles, et Christiane Rancé n’en parle pas.
Dans ce qui est somme toute un récit de voyage, Christiane Rancé nous propose donc de la suivre en Italie, pays où elle a eu la joie de séjourner à de multiples reprises — heureuse mortelle qui fait un beau métier, intéressant et nourrissant : écrire et voyager. Un itinéraire amoureux, qui nous mène tour à tour à Gênes, dans les Cinque Terre, à Turin, Milan et dans les grands lacs, à Vérone, à Venise, en Toscane, à Florence et à Sienne, en Ombrie, à Rome bien sûr, à Naples, sur la côte amalfitaine, et en Sicile…
Il y a bien sûr, à se plonger dans cette lecture, la joie de retrouver l’Italie — le goût de vivre et la douceur, la régénération dans la beauté. Une Italie que je connais, et que j’ai eu plaisir à retrouver, et une Italie qui me reste encore à découvrir, et j’en ai eu, pour ainsi dire, l’eau à la bouche : que de merveilles il me reste encre à voir ! On apprend beaucoup de choses, l’autrice se fait guide touristique, nous entraîne dans les lieux qu’elle aime, et atteint parfois la grâce et la poésie. Je relirai sans doute certains chapitres, pour préparer un voyage ou un autre, particulièrement Florence.
Pour autant, ce récit ne m’a pas autant charmée que je l’espérais — je sais pourquoi : j’y cherchais Frances Mayes, ce que Christiane Rancé n’est pas. En fait, même dans les chapitres consacrés aux lieux que je connais, j’ai eu du mal à me retrouver vraiment. Le récit manque de « je » : il est écrit à la première personne, l’autrice nous y livre son point de vue et des anecdotes personnelles (dont une qui m’a définitivement convaincue de ne jamais louer de voiture en Italie), et pourtant, cela manque d’incarnation. Cela manque de chair, de sensualité, d’odeurs, et de nourritures terrestres, aussi. Et de musées : la spécialité de Christiane Rancé, ce sont les églises (ce qui est évident quand on la connaît et le reste de ses publications mais ce n’était pas mon cas), églises dont on sait que ce n’est pas du tout mon truc et que j’ai tendance à les éviter. Ce qui est son droit, évidemment, mais au final, j’ai eu l’impression que nous n’avions pas tout à fait la même Italie, et la même manière de la savourer.
Ce n’est pas une déception : même si j’ai noté peu d’adresses et que je n’ai pas été subjuguée, j’ai eu du plaisir à lire ce récit, qui donne envie d’Italie, évidemment. A noter que l’autrice vient de publier le pendant espagnol de ce livre*, que je lirai peut-être lorsque je préparerai un voyage en Espagne. Malgré les églises.
Bella Italia. Un itinéraire amoureux (lien affilié)
Christiane RANCÉ
Tallandier, 2023








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