Sapphô, éternelle amoureuse

Ô Dica, tresse de tes mains
Des rameaux d’aneth en couronnes
Et place-les de tes doigts fins
Dans tes magnifiques cheveux.
C’est certain : les dieux bienheureux
Voient d’un oeil favorable
Celles dont les prières
Ont des fleurs délicates,
Mais dédaignent les femmes
Qui n’ont point de couronnes.

Nous avons déjà parlé de la grande prêtresse poétique de l’amour, Sapphô, une de mes figures tutélaires, à l’occasion de deux Instants Poétiques, et j’avais depuis de nombreuses années envie de découvrir plus avant sa poésie. Sapphô est également une des sorcières de la littérature, et sa carte représente, de manière assez attendue, l’amour et le désir. Pourtant, bizarrement, je ne la tire que très rarement. C’est néanmoins une de mes cartes préférées du jeu, avec celle d’Anaïs Nin.

Pour ma découverte plus approfondie de celle qu’on considère souvent comme la première poétesse de l’histoire* et que Platon a surnommée la dixième muse, j’ai choisi, plutôt que la classique édition bilingue, ce petit livre au nom évocateur : Sapphô l’éternelle amoureuse.

Il s’agit d’un florilège parmi les quelques centaines de vers qui nous sont parvenus de la poétesse, sur les 12000 qu’elle a écrits et qui ont renouvelé le lyrisme. Le fait est que, pendant des siècles, ses œuvres ont été traquées et consciencieusement détruites, accusées de promouvoir l’immoralité. On a voulu effacer Sapphô de l’histoire, mais en vain : prêtresse d’Aphrodite, elle incarne encore pour nous, aujourd’hui, la quintessence de la poésie amoureuse, et la liberté. Et à l’occasion on retrouve encore quelques fragments de ses poèmes dans des collections privées, où ils ont été protégés de la vindicte religieuse.

Après une introduction extrêmement intéressante, instructive et éclairante, ce petit ouvrage offre donc un florilège de vers, classés par ordre thématique : la musique, maximes et aphorismes, les mythes, l’intimité, l’exotisme, la féminité, la passion, prières et invocations, le mariage et enfin la nature. Le tout est magnifiquement illustré de tableaux, qui ne représentent pas tous Sapphô mais plutôt l’ambiance des poèmes, la mythologie, une féminité sensuelle et amoureuse. J’en ai découvert quelques uns qui m’ont littéralement subjuguée.

La beauté de ces vers est indicible : Sapphô chante l’amour, qu’il s’adresse à un homme ou une femme, et le désir qu’elle exalte est universel.

J’ai passé une soirée très agréable avec ce petit ouvrage, qui constitue une bonne introduction à l’œuvre de la poétesse grecque. Malheureusement je suis tout de même restée un petit peu sur ma faim, mais je ne parviens pas à me rendre compte s’il manque beaucoup de fragments retrouvés ou non. Après, la traduction est très belle, et encore une fois, c’est vraiment un plaisir de voyager à travers le dialogue entre les vers et les tableaux, et ce très joli livre va trouver une place de choix dans ma bibliothèque.

Il est néanmoins probable que je me plonge dans une édition plus complète dans un avenir proche.

Sapphô, l’éternelle amoureuse (lien affilié)
Traduit du grec ancien par Aurore Guillemette et Aurélien Clause
Synchronique éditions, 2018

*à tort : il s’agit en réalité d’Enheduanna, grande prêtresse d’Ur et autrice notamment d’hymnes religieux comme L’Exaltation d’Inanna, dédié à la déesse de l’amour et de la guerre, et on reparlera sans doute d’elle un jour où l’autre. Mais si elle vous intéresse vous pouvez aller écouter l’épisode de La Nymphe et la sorcière qui lui est consacré.

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