Lorsque j’étais enfant, on m’a baptisée, envoyée au catéchisme, à la messe, et fait faire ma communion. On remarquera la passivité de ma position. J’ai obéi extérieurement à ce qu’on me demandait de faire, mais je n’y ai pas pris part intérieurement. Je crois qu’en réalité, je n’ai jamais été catholique, même à cette époque : trop de choses en moi résistent et ont toujours résisté au dogme.
(Et j’en tire cette idée que l’on ne peut pas forcer les gens à adhérer à une religion : on peut les forcer à faire semblant, oui, mais pas à être sincère : cela peut sembler évident, mais il est bon néanmoins de le rappeler).
En fait, je passais mon temps à poser des questions commençant par je ne comprends pas pourquoi. Et des choses que je ne comprenais pas, il y en avait tellement qu’il est impossible de les lister. Et moi, je veux comprendre. Et en face, on ne pouvait m’apporter aucune explication : c’était comme ça, et puis c’est tout.
De manière générale je ne comprenais pas pourquoi, si Dieu existait (hypothèse qu’à l’époque je voulais bien admettre) il voulait qu’on fasse ci, ça, ou qu’on ne fasse pas ci ou ça (tuer son voisin d’accord, je comprenais pourquoi c’était interdit, mais tout une pléiades d’autres restrictions, déjà à l’époque, me dépassaient). Et surtout je sentais tout cela comme fondamentalement erroné. Je pense en particulier, aujourd’hui, à tout ce qui concerne la sexualité, puisque c’est devenu mon axe principal de travail, mais il y en avait d’autre.
En fait, dès le départ, quelque chose en moi a résisté à cette religion.
Une fois ma communion faite (sans aucune participation spirituelle ni émotionnelle de ma part), j’ai dit stop. Ce qui n’a pas posé de souci car le baptême et la communion, c’était surtout, je crois, une question de convention dans ma famille.
Je n’étais pas encore tout à fait athée. Mais cela n’a pas tardé, entre, à peu près au même moment, la mort de ma grand-mère et ma lecture de La Peste de Camus, dans laquelle il y a cette phrase dont je me souviens toujours plus de trente ans après :
Lorsque l’innocence a les yeux crevés, un chrétien doit perdre la foi ou accepter d’avoir les yeux crevés.
Comme je n’acceptais pas d’avoir les yeux crevés, j’ai perdu la foi.
Aujourd’hui, je sais que j’étais surtout en colère, que cette colère a duré de nombreuses années où je ne croyais plus en rien du tout, ou en tout cas, je croyais ne plus croire : en réalité, je ne pouvais pas croire que Dieu, s’il existait, puisse être si méchant, puisqu’il était tout puissant (et accepter de ne pas comprendre, ça n’a jamais été mon genre).
Et comme j’ai fait la toute première crise d’angoisse de ma vie dans une église, cela a achevé de me couper de la religion catholique : je ne peux plus rentrer dans une église sans y ressentir un immense malaise, sauf si cette église m’appelle et invite à entrer. Souvent parce qu’il s’agit d’un ancien temple païen, d’ailleurs. Cela dit, je n’ai rien contre le Christ lui-même, au contraire : c’est son fan club, depuis les débuts, qui me crispe, et la longue liste d’interdits qui n’ont strictement rien à voir avec lui et son message. J’ai beaucoup d’attachement pour sa mère, dont on reparlera d’ailleurs assez vite, et bien sûr Marie-Madeleine. Qui sont des figures de la Grande Déesse, qui est aujourd’hui au centre de mes réflexions. Bref.
A un moment, j’imagine quand j’ai été prête (et je crois aujourd’hui que cette période de rejet de toute spiritualité était nécessaire sur mon chemin), la porte spirituelle que j’avais fermée violemment à mon adolescence s’est rouverte. Quelque chose de plus vase a toqué. Il m’est arrivé plusieurs événements inexplicables rationnellement : des rêves prémonitoires, des prémonitions lorsque j’étais réveillée, des coïncidences exagérées. J’ai entrebâillé la porte, et j’y ai vu un monde fascinant.
J’ai alors rouvert la porte en grand, mais jamais je ne suis revenue à une quelconque religion traditionnelle. J’ai compris que suivre un dogme, un groupe, obéir à des ordres qui ne faisaient aucun sens pour moi n’était pas ma voie, et que j’étais incapable de croire en un dieu tel que le représentent les religions traditionnelles. Ce n’est pas simplement la question d’un dieu masculin qui me gêne, même si elle me gêne beaucoup.
Je ne crois pas à un dieu transcendant, extérieur et démiurge. Je crois à une grande conscience universelle, qui ne veut rien, ne demande rien, n’exige rien, et dont nous sommes tous une étincelle. Je crois en l’âme du monde.
Mais cette conception m’est venue petit à petit. C’est une construction, au jour le jour, dans l’indépendance et l’introspection. Dans l’apprentissage. Dans la lecture de tout ce qui me tombait sous la main. Dans l’expérience.
D’abord, je me suis jetée à corps perdu dans tout ce qu’il était possible d’expérimenter au niveau de la spiritualité, et que l’on qualifie souvent de “New Age”. Comme j’étais toujours rétive aux dogmes et aux groupes, que mon indépendance est à la limite de l’extrémisme, je me suis toujours tenue éloignée de tout ce qui aurait pu être une secte. Et même de la Wicca, alors que la lecture de certains textes a eu beaucoup d’influence sur moi.
J’ai probablement croisé des charlatans, mais j’ai aussi rencontré des gens qui m’ont éclairée et permis d’avancer. J’ai fait lire mes vies antérieures (et compris pourquoi décidément, la religion catholique, ça coince : deux fois au moins j’ai été persécutée parce que déjà dans ces vies antérieures j’étais un électron libre), j’ai fait de la communication profonde assistée, de la kinésiologie, des constellations familiales et symboliques, je me suis fait tirer le Tarot, lire mon thème astral, j’ai consulté des voyants et des énergéticiens.
J’ai tout expérimenté, puis j’ai fait le tri. J’ai gardé ce qui résonnait, et me suis détachée de ce qui ne faisait que m’encombrer l’esprit.
J’ai aussi appris à tout faire moi-même : lire dans les étoiles et dans les arcanes, essentiellement, même s’il m’arrive aussi de faire des rêves prémonitoires ou d’avoir des flashs (et souvent, cela m’a aidée à ne pas m’évanouir de surprise).
Je ne le fais la plupart du temps que pour moi. Cela ne fait pas partie de mon chemin de vie de le faire pour les autres, même si cela m’arrive parfois.
Et surtout, au fil du temps, j’ai appris qu’il était vain de chercher à persuader les gens. Parce que ça n’a pas d’importance. J’y reviendrai.
Je ne suis plus dans l’exploration et d’ailleurs je lis de moins en moins sur le sujet (sauf pour le projet Déesses) : j’ai trouvé un espace où la spiritualité a pris une place que je qualifierais de normale dans ma vie, faute de mieux. Chaque matin, je tire une carte de Tarot et une carte d’oracle, je fais un tirage plus élaboré le dimanche, en début de mois, lors des fêtes de la roue de l’année et lorsque la lune est pleine ou nouvelle. Dans mon calendrier annuel, je repère les rétrogradations de Mercure et ma période de manifestation annuelle. Lorsque quelque chose résiste je vais voir comment les planètes sont alignées. Je fais des rituels, parfois, plus ou moins élaborés selon mon envie et mon inspiration, et un tableau de vision chaque année. De temps en temps, j’ai une prémonition, une intuition, et cela ne me bouleverse plus lorsque j’ai raison : c’est normal.
C’est ancré dans mon quotidien, tout comme prendre ma douche ou me laver les dents.
Est-ce que pour autant je me considère comme une sorcière ? Est-ce que ma spiritualité est païenne ?
Je l’affirme parfois et je crois qu’à certains égards, oui : je me sens plus proche du paganisme que du monothéisme, c’est certain, parce que je trouve le paganisme plus vivant, plus joyeux aussi, et esthétiquement/poétiquement beaucoup plus intéressant. Et parce que dans les premiers paganismes, la sexualité et l’amour sont sacrés, tout comme le féminin. Et que s’il y a bien une chose en quoi je crois, c’est ça : la puissance de l’amour et du féminin.
Et c’est peut-être pour moi la seule religion à laquelle j’accepte d’adhérer. Parce qu’elle n’exige rien.
Sinon, je reste un électron libre. Je crois en une grande conscience universelle, en la puissance féminine, et en l’amour. Mais je ne me définis pas, même si parfois j’affirme être une Grande Prêtresse. Qui est, de fait, une figure d’écrivain, dépositrice des secrets. Et guide, aussi.
Là où je voulais en venir, c’est que pour moi, la spiritualité est un chemin, pas un lieu. Elle est en mouvement, pas figée. Et surtout, elle est individuelle. Certains préfèrent la vivre au sein d’une religion instituée, d’autres n’en ont pas et rejettent tout ce qu’ils considèrent comme farfelu, d’autres encore sont immergés dans le New Age, d’autres font comme moi et ne définissent rien. Il existe évidemment des milliers de nuances, et on peut tout expérimenter au sein d’une même vie.
J’ai vu des gens changer de religion, tout en restant monothéistes. Des gens passer du christianisme au New Age, avant parfois de redevenir chrétiens (j’avoue que ceux-là m’agacent souvent, car ce sont les plus dogmatiques et intolérants et on l’a compris, je refuse le dogme). Ou passer du New Age à l’athéisme (ceux-là m’agacent aussi parfois, car ils ont à l’occasion tendance à prendre les “croyants” pour des crétins). Des athées avoir une illumination, devenir spirituels ou entrer en religion. Des croyants perdre la foi et devenir athées.
Et c’est normal, et c’est bien. Parce que nous sommes chacun sur un chemin d’évolution unique, et que ce en quoi nous croyons, ou ne croyons pas, est une expérimentation qui nous fait avancer. Et si nous n’avançons pas dans cette vie, ce n’est pas grave.
En fait, la seule chose que je n’accepte pas, c’est l’intolérance et le manque d’ouverture : lorsque celui qui adhère à une religion veut m’interdire des choses au nom de ce qui est sa religion et non la mienne, ou lorsque l’athée se moque de mes tirages de Tarot.
A part ça, je m’en moque. Parce que la spiritualité n’est qu’un aspect de ma vie.
Le fait est que dans certaines de mes vies précédentes, je me suis entièrement consacrée à la spiritualité, et j’ai sacrifié tout le reste.
Il y a donc une vraie logique à ce que dans cette vie, après un cheminement long, je lui redonne sa véritable place. Une place équilibrée. Même si pour certains tirer les cartes tous les jours semblera beaucoup, pour moi c’est quelque chose qui n’a rien d’extraordinaire. Cela fait partie du quotidien.
Et c’est parfait comme ça.
(Article remanié, précédemment publié le 16 novembre 2025 dans l’Escale Poétique)








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