Appelée également ancre de salut ou ancre maîtresse, cette ancre était, au temps de la marine à voile, l’ancre la plus grande, la plus pesante. Parce qu’elle était extrêmement lourde et difficile à manipuler, on ne l’utilisait que dans certains cas : un mouillage de longue durée, un endroit peu sûr, ou en dernier recours, dans les cas désespérés, lorsque la tempête faisait rage et qu’il n’y avait plus qu’à s’en remettre à Dieu, d’où son nom.
Et cela fait sens, pas seulement dans le domaine maritime : métaphoriquement, symboliquement, spirituellement, l’ancre symbolise la stabilité, le lien. On parle d’ailleurs souvent d’ancrage, de s’ancrer dans le moment présent pour ne pas laisser le mental battre la campagne ou la mer.
Dans l’invitation a un voyage introspectif, j’ai utilisé la métaphore du bateau. Nous sommes tous des bateaux. La métaphore du bateau est un outil de psychologie positive développé par Hugo Alberts. Le but de cet outil est de faire un point sur les différentes facettes de l’existence, qu’elles soient internes ou externes : l’eau, la mer, c’est notre réalité ; le gouvernail, ce sont nos valeurs ; la destination, ce sont nos buts ; les fuites ce sont les obstacles, les problèmes, les faiblesses ; les voiles, ce sont nos forces ; la boussole, ce sont nos émotions et nos intuitions ; la météo, ce sont les circonstances incontrôlables de notre vie ; les autres bateaux, c’est notre entourage. A ces huit éléments de bases utilisés en psychologie positive, j’ai ajouté la carte de navigation (notre représentation de la réalité) et le capitaine, aux commandes.
Oui mais : et l’ancre ? A la lecture d’un ouvrage dont je vous parlerai demain, je me suis rendu compte que j’avais oublié (et l’inventeur de la métaphore également) cet élément fondamental. Ce qui n’a rien d’étonnant vu que depuis que je m’intéresse aux pratiques spirituelles, on ne cesse de me répéter que je ne suis pas assez ancrée, que je manque d’ancrage. Est-ce que je peux le mettre au passé ? C’est possible. Je l’espère.
Dernièrement, j’ai traversé une zone de tempête. Ce n’était pas la première fois, et c’était d’ailleurs plus une marée basse qu’une tempête. Simplement j’avais l’impression que quelque chose m’emportait là où je ne voulais pas aller, que rien n’avait de sens et que je n’avais plus aucun repères. Beaucoup de fatigue, beaucoup d’angoisses, beaucoup de déclencheurs à émotions difficiles. Il fallait que je trouve quelque chose de stable si je ne voulais pas me perdre. Quelque chose qui me permette de retrouver une certaine sécurité. Quelque chose qui me relie au moment présent, moi qui suis toujours dans la réévaluation du passé et la projection dans l’avenir.
Quelque chose qui ressemble à une ancre de miséricorde. Afin de retrouver la tranquillité d’âme, le calme, un temps de pause pour ramener l’équilibre et reprendre les commandes.
Alors, j’ai beaucoup écrit. Puisque mon ancre de miséricorde à moi, c’est l’écriture, qui donne du sens, m’apaise, me permet de défaire les pelotes de nœuds mentaux. Me recentrer. J’ai fait beaucoup de choses aussi, qui pourrait ressembler à de l’agitation : j’ai pris des cappuccino en terrasse, couru les brocantes et les vide-greniers, mangé des gaufres et des glaces en parcourant les rues de la ville, pris le petit train touristique, humé les roses du parc floral, acheté des pivoines, lu des livres aussi. Et tout cela m’a fait d’autant plus de bien que je l’ai écrit, que je ne m’asseyais pas le soir devant mon journal en n’ayant rien à dire.
Hier, mon Tarot m’a dit : c’est bien, tu as retrouvé la stabilité. Il est temps de lever l’ancre : es-tu prête à mettre en jeu ton équilibre pour aller vers ce qui te tient le plus à cœur ? J’ai dit oui. Je crois que je sais ce qui se prépare, mais je sais aussi que désormais, en cas de tempête, je pourrai jeter à nouveau l’ancre, je sais où elle est.
Et vous, savez-vous quelle est votre ancre de miséricorde ?









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