Il y a un an exactement, le 4 mai 2025, je publiais le premier post du dimanche sur Instagram, que j’intitulais « le sel de la vie », et qui est devenu un rituel. Chaque dimanche, je passe en revue toutes mes joies, tous mes plaisirs, petits ou grands, de la semaine, dans une sorte de liste comme le fait Françoise héritier dans le si joli livre qui a donné son nom à ma rubrique :
C’est donc une énumération qui suit, une simple liste, en une seule grande phrase, qui est venue ainsi toute seule par à-coups, comme un grand monologue murmuré. Il s’agit de sensations, de perceptions, d’émotions, de petits plaisirs, de grandes joies, de profondes désillusions parfois et même de peines, bien que mon esprit se soit tourné plutôt vers les moments lumineux de l’existence que vers les moments sombres, car il y en a eu. A de petits faits très généraux dont tout un chacun aura pu éprouver un jour la réalité (je parle alors de façon neutre, c’est-à-dire selon l’usage français au masculin) j’ai mêlé progressivement des souvenirs privés, durables, fixés en images mentales fortes pour toujours, instantanés fulgurants dont l’expérience peut être, je crois, transmise en quelques mots (je parle alors au féminin). Il faut voir dans ce texte une sorte de poème en prose en hommage à la vie.
Je ne sais plus exactement pourquoi ce jour-là cette envie m’est venue. Mais j’étais partie d’une situation où j’avais l’impression que ma vie m’échappait, que je subissais mes journées qui n’étaient souvent qu’un long tunnel d’ennui dont il n’y avait rien à retenir. Bien sûr, j’ai toujours écrit sur les joies du quotidien, c’est à la base de mon « En Mots et en Images » mensuel, mais j’y ajoute aussi les choses moins agréable, et surtout, j’avais tendance à me focaliser sur les événements importants. Si vous lisez cette rubrique (c’est la plus lue du site), vous avez d’ailleurs peut-être noté qu’elle s’est étoffée.
Il y a un an, j’ai décidé de prendre les choses autrement, et d’abord de provoquer ces joies au lieu de simplement les laisser venir à moi (même s’il y en a qui viennent d’elles-mêmes). C’est à ce moment-là que j’ai commencé à davantage sortir à la moindre occasion, que ce soit pour une promenade, pour aller au marché, ou prendre un café dans un endroit agréable. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à aller plus régulièrement à l’Aparthé, malheureusement fermé depuis. Je me suis un peu secouée au début (parce qu’a priori ce n’est pas ma nature) et c’est rapidement devenu très naturel, même si j’aime aussi, profondément, rester chez moi, où il y a aussi beaucoup de belles choses à faire : lire, cuisiner, manger.
Le deuxième volet de ce changement est de documenter précisément ces petites joies et plaisirs. Les noter sur un cahier, qui me sert d’aide-mémoire en fin de semaine, le dimanche : le matin, je mets à jour mon « En Mots et en Images » et s’il y a lieu je mets un petit papier dans le « Bocal à bonheur » (qui reste réservé aux moments remarquables), et l’après-midi je rédige mon post Le Sel de la vie. Je prends en photo un maximum de choses aussi, mais tout n’est pas photographiable. Une longue conversation au téléphone avec quelqu’un qu’on aime, par exemple, ne l’est pas. Et remarquer, c’est aussi ressentir plus pleinement. Et documenter, c’est se souvenir, et pouvoir revivre ces moments.

































Il y a des invariants : les fleurs, les cappuccino, la bonne nourriture, les verres, et l’écriture.
Et les résultats ne se sont pas faits attendre : j’ai senti mon taux vibratoire remonter en flèche. Il y avait plus de beaux moments, et j’étais plus attentive à ceux qui existaient et que je ne voyais pas, auparavant.
Mais voilà : j’avais commencé cette expérience aux beaux jours, en mai, et je savais que jusqu’en septembre, il n’y aurait pas de problèmes pour trouver et célébrer les jolies choses de la vie. Mon inquiétude venait de l’automne et surtout de l’hiver, au cours desquelles j’ai tendance à rester cloitrée chez moi à déprimer. Ce n’est pas ce qui s’est passé : bien sûr, c’est le sens des saisons intérieures, j’ai davantage passé de temps à la maison, à faire des activités créatives d’intérieur, mais j’ai fait aussi beaucoup de choses dehors. Je suis allée à l’Aparthé tous les vendredi, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.
Aujourd’hui, les beaux jours sont revenus, cela fait un an que je fonctionne de la sorte et j’ai le sentiment d’avoir franchi un cap : mon taux vibratoire est naturellement plus haut, et j’attire de nouvelles choses dans ma vie (on en parlera… bientôt, mais quelque chose est en train de se déployer). Et surtout, j’ai l’impression d’avoir réussi à poser des mots sur la manière dont ces joies, ces plaisirs étaient absolument essentiels. C’est d’ailleurs toute la base du tantrisme, qu’en Occident on a tendance à limiter à la sexualité, comme l’explique Gérard Leleu dans Sexualité la voie sacré :
Un premier type de techniques nous propose d’utiliser les joies liées aux plaisirs et aux activités agréables de la vie en les ressentant pleinement. Sur les cent douze propositions du principal tantra, quatre seulement concernent la jouissance sexuelle, les autres décrivent les bonheurs de tous les sens (la vue, l’odorat, le goût, l’ouïe, le toucher) : c’est dire l’importance de la sensualité dans le tantrisme.
Quelques personnes, sur mon exemple, ont commencé, elles aussi, à égrainer leurs joies de la semaine, certaines en commentaire de ma publication, comme y invite mon CTA, certaines de façon autonome. J’aimerais qu’il y en ait plus, parce que je crois fermement que mettre davantage de positif dans le monde est essentiel. Je crois fermement que célébrer la vie, les plaisirs, les sens, les beaux moments fait pleinement partie de notre expérience terrestre, nous fait grandir, et déployer nos ailes.
Bien sûr, ce n’est pas toujours facile. Je n’ai pas traversé de grosses zones de turbulences : cela remue beaucoup en ce moment, je suis parfois perdue et submergée, mais cela reste positif (je crois) et je garde le cap (peut-être justement grâce à cette nouvelle manière de voir les choses). Il y a toujours des journées dont, le soir, je n’ai strictement rien à dire, et surtout rien de positif à retenir. Des journées où la colère ou la tristesse dominent et où je vois tout en noir. Certaines semaines, malgré mes efforts, la liste reste maigrichonne. Et c’est normal et ce n’est pas grave.
L’essentiel pour moi, c’est d’avoir changé ma manière de voir les choses. Et chemin faisant, je me suis rendu compte que, pour le moment en tout cas, c’est là-dessus que j’avais envie d’écrire : ce qui me nourrit, m’émeut, m’émerveille, me transforme. C’est vraiment à cet endroit que je me sens pleinement à ma place.
Finalement, une petite chose, une décision qui pouvait sembler anodine au départ, a eu un effet boulle de neige, et a entraîné des changements plus profonds. Et ça, c’est merveilleux.








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