J’habite poétiquement le monde

Dans Les Lisières, Olivier Adam a cette phrase qui a bien failli me faire pleurer tant je l’ai trouvée magnifique : « Tu es fait pour déserter, habiter poétiquement le monde et en rendre compte« . J’ai failli verser une larme parce que, de ce qui est tout de même un défaut, être toujours ailleurs et se révéler incapable de gérer le réel et le quotidien, il fait quelque chose de sublime, une sorte de supplément d’âme qui permet de voir les choses autrement, d’habiter le monde autrement.

L’expression est du poète allemand Hölderlin, je l’avais déjà croisée mais bizarrement je ne l’avais jamais notée, jusqu’à ce qu’elle me percute en lisant Olivier Adam, et me donne une clé.

Habiter poétiquement le monde, c’est être là sans vraiment y être. C’est voir les choses que tout le monde ne voit pas (mais, parfois aussi, ne pas voir ce que tout le monde voit). C’est donner du sens à ce qui n’en a pas. C’est se perdre dans la contemplation, dans l’absence, dans la rêverie. C’est ne pas s’attacher à la matérialité, au quotidien, au médiocre. C’est vouloir le beau, c’est vouloir l’essentiel.

Habiter poétiquement le monde, c’est être différent. C’est difficile, d’être différent. Parce que les gens n’aiment pas cette différence. L’artiste, le poète, c’est celui dont on dit qu’il est paresseux parce qu’il est rêveur, asocial parce qu’il est méditatif, irréaliste parce qu’il est contemplatif, lent parce qu’il vit à son rythme, inattentif parce qu’il porte attention à autre chose.

Habiter poétiquement le monde, s’est s’en abstraire pour le voir avec les yeux de l’âme.

Habiter poétiquement le monde, c’est un combat quotidien pour le sublime.

Habiter poétiquement le monde, finalement, c’est être baudelairien. Mélancolique, déchiffrer la forêt de symboles qui s’offre à nous et que tous ne peuvent pas lire. C’est être comme l’albatros, que ses ailes de géant empêchent de marcher.

Maintenant, je saurai quoi répondre à ceux qui m’accuseront d’être toujours perdue dans mon monde et mes réalités parallèles. Moi, j’habite poétiquement le monde.

29 réponses à “J’habite poétiquement le monde”

  1. Avatar de Catherine

    Bonjour L’Irrégulière, j’arrive de chez Géraldine, c’est vrai que ton billet est bien beau, c’est difficile d’habiter poétiquement le monde, et ça me fait penser que je n’ai jamais lu Olivier Adam.

    1. Avatar de L'Irreguliere

      C’est un auteur que j’aime beaucoup !

  2. […] je dois me définir, je dis souvent que « j’habite poétiquement le monde » (ce qui n’est pas forcément pour inspirer confiance, mais passons). Du coup, […]

  3. […] On me dira que c’est bien, ça, qu’il en faut des gens comme moi qui s’arrêtent et contemplent. Et c’est vrai : ça fait aussi partie de ma manière d’habiter poétiquement le monde. […]

  4. […] hasards ou coïncidences, l’essentiel est que les voir, c’est aussi une manière poétique d’habiter le monde. Comme disait Lewis Caroll, si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche […]

  5. […] Habiter poétiquement le monde, c’est aussi voir ce qui nous entoure comme une forêt de symboles, et être attentif aux signes, aux synchronicités, aux coïncidences. Alors bien sûr, il faut faire attention aux biais cognitifs : plus on les cherche, plus on les voit. Mais tout de même : en ce moment, je trouve qu’il y a beaucoup de cœurs, sur mon chemin. […]

  6. […] paraître superficiel de le dire comme ça, mais ceux qui me connaissent savent que pour moi qui habite poétiquement le monde la dimension esthétique des choses est au contraire fondamentale mais pas pour une simple question […]

  7. […] c’est ça aussi, habiter poétiquement le monde, c’est le contempler, le savourer, et s’étonner, être ravi de tout, comme un enfant […]

  8. […] quoi est-il question ? D’habiter le monde comme le Petit Prince, à savoir poétiquement, en s’émerveillant de tout. Croisant les approche de la philosophie et de la psychologie […]

  9. […] vous comprenez pourquoi je cherche à exprimer mon mot autrement ?) y participent. C’est habiter poétiquement le monde. Et, pleinement, réenchanter le monde. Ce qui n’est pas une mission facile en ce moment, […]

  10. […] pour moi, c’est celui qui « habite poétiquement le monde« , expression que je reprends allègrement à mon compte et dont j’ai fait ma […]

  11. […] qui est aussi la matrice de mon rapport au monde (les deux étant bien évidemment liés), et la poésie qui est… bref, vous avez compris. Evidemment, il me le […]

  12. […] pris beaucoup de plaisir dans cette découverte qui vise, on l’aura compris, à apprendre à habiter poétiquement le monde. Il s’agit bien d’un voyage, d’un pèlerinage même, guidé par les poètes, et […]

  13. […] personnage que cette narratrice qui, pourrait-on dire, habite poétiquement le monde : elle a une manière particulière de saisir les choses, dans leurs détails, en leur donnant un […]

  14. […] je dois me définir, je dis souvent que « j’habite poétiquement le monde » (ce qui n’est pas forcément pour inspirer confiance, mais passons). Donc, depuis sa sortie, […]

  15. […] On me dira que c’est bien, ça, qu’il en faut des gens comme moi qui s’arrêtent et contemplent. Et c’est vrai : ça fait aussi partie de ma manière d’habiter poétiquement le monde. […]

  16. […] synchronicités, hasards ou coïncidences, l’essentiel est que les voir, c’est aussi une manière poétique d’habiter le monde. Comme disait Lewis Caroll, si le monde n’a aucun sens, qu’est-ce qui nous empêche […]

  17. […] lettres à la fois par surprise et pile au bon moment, alors que je me pose beaucoup de questions : j’habite poétiquement le monde, c’est comme ça que je me définis, et j’ai de plus en plus de mal à composer avec le […]

  18. […] Habiter poétiquement le monde, c’est aussi voir ce qui nous entoure comme une forêt de symboles, et être attentif aux signes, aux synchronicités, aux coïncidences. Alors bien sûr, il faut faire attention aux biais cognitifs : plus on les cherche, plus on les voit. Mais tout de même : en ce moment, je trouve qu’il y a beaucoup de cœurs, sur mon chemin. […]

  19. […] qu’elle-même dans cette forêt de symboles qu’est le monde que Tesson entend bien habiter poétiquement (la référence à Baudelaire est de moi, celle à Holderlin j’y ai pensé de moi-même […]

  20. […] Mon dernier projet en date (et qui a beaucoup de bras, on dirait Shiva) implique beaucoup de poésie. Il est question, comme toujours, d’habiter poétiquement le monde. […]

  21. […] c’est ça aussi, habiter poétiquement le monde, c’est le contempler, le savourer, et s’étonner, être ravi de tout, comme un enfant […]

  22. […] grâce auquel nous habitons poétiquement le monde. Et peut-être que, parfois, la mission de toute une vie est de le trouver. Peut-être que […]

  23. […] le dire : c’est l’histoire de ma vie. Habiter poétiquement le monde. Vibrer comme une immense […]

  24. […] quoi est-il question ? D’habiter le monde comme le Petit Prince, à savoir poétiquement, en s’émerveillant de […]

  25. […] cette expression que j’ai reprise à mon compte et qui, je crois, me définit parfaitement : habiter poétiquement le monde — ce qui n’est d’ailleurs pas tous les jours […]

  26. […] vous comprenez pourquoi je cherche à exprimer mon mot autrement ?) y participent. C’est habiter poétiquement le monde. Et, pleinement, réenchanter le monde. Ce qui n’est pas une mission facile en ce moment, […]

  27. […] sûr, cette hypersensorialité a du positif, c’est ce qui permet d’habiter poétiquement le monde. Je suis attentive à tout ce que perçoivent mes cinq sens, et l’un des axes de mon travail […]

  28. […] l’ai souvent dit : la poésie, pour moi, c’est une manière d’habiter le monde, beaucoup plus vaste que ce que l’on appelle habituellement […]

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