A table, devant ce plat de pâtes au ragù, jamais avec du fromage qui était une insulte, j’étais assis bien sagement, mais intérieurement, je me tenais à genoux devant mon assiette. C’était ma portion de manne, de pain des cieux, préparée par deux prêtresses des fourneaux et leurs rites nocturnes. C’était un met qui imposait le silence. Mes yeux aussi se fermaient. Les fourchettes dans les assiettes recueillaient le fruit de la connaissance. Ma bouche pleine gazouillait un cantique. Je n’ai pas un tempérament mystique, mais ce peu de religiosité qu’il m’a été donné d’avoir, je l’ai dégusté, je l’ai eu sur la langue tous les dimanches de mon enfance.
Cette semaine encore, nous partons en Italie savourer ses nourritures terrestres, avec un auteur que je n’avais jusque-là jamais lu, Erri de Luca. Lorsque je suis tombée dessus par hasard, le titre m’a interpelée, car j’y ai vu un lien avec mon travail actuel sur les émotions liées à la nourriture et aux souvenirs gustatifs, ainsi que la couverture pleine de promesses avec ces magnifiques tomates d’un rouge éclatant. Et si j’avais prévu au départ de l’emporter avec moi en Italie, j’ai finalement préféré le lire dans ma chaise longue.
Dans ce recueil, Erri de Luca nous propose une sorte d’autobiographie gustative, ou d’autoportrait, en égrainant les souvenirs liés à la nourriture — cela peut être des plats qui lui rappellent son enfance comme le ragù ou la tarte aux fraises, ou certains épisodes de sa vie où la nourriture a un rôle à jouer. Chaque chapitre est commenté par le nutritionniste Valerio Galasso, et l’ouvrage se termine par quelques recettes.
Je m’attendais à être enchantée — j’imaginais déjà les saveurs de sauce tomate, d’origan et d’huile d’olive dans laquelle on trempe un morceau de pain, de fromages, de fruits juteux gorgés de soleil… bref : j’imaginais déjà tout ce qui fait pour moi l’Italie et ses nourritures terrestres, et le fait est qu’Erri de Luca est le plus souvent beaucoup moins lyrique que moi, et l’ouvrage n’est ni sensuel, ni solaire, ni poétique. En revanche il est beaucoup trop souvent politique, et somme toute, d’une certaine manière, ascétique. En fait, j’ai eu l’impression, assez fâcheuse vu le sujet, que l’auteur ne tirait pas de réelle jouissance dans la nourriture.
Bien sûr, il y a tout de même quelques très belles pages qui ont su résonner et me toucher. Le chapitre sur le moulin à café, notamment, parce qu’il me rappelait des souvenirs personnels, ou le récit sur l’invité du réveillon de Noël, qui m’a émue. J’aurais aimé que le dernier chapitre, « Voyages avec Paola », soit plus développé parce que là il y avait, vraiment, quelque chose d’intéressant, mais je trouve qu’il n’est pas allé au bout de l’idée.
Et globalement je n’y ai pas trouvé mon compte : j’espérais, entre autres, y trouver l’inspiration pour un futur atelier d’écriture, en tout cas une entrée en matière, et je ne l’ai que très peu trouvée. Je me suis parfois ennuyée, notamment dans les commentaires du nutritionniste, et j’en tire la conclusion qu’Erri de Luca n’est pas un auteur pour moi.
Récits de saveurs familières (lien affilié)
Erri de LUCA
Traduit de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, 2022









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