La vie interdite, de Didier van Cauwelaert

Les chiffres du réveil à quartz se succèdent, rythmés par la respiration de Naïla qu’accompagne, toutes les dix minutes, le ronron du frigo. Le temps semble passer pour moi comme de mon vivant, mais la fuite des secondes ne signifie plus rien, ne me conduit nulle part. Je m’embête. J’ai essayé de prier, pour recommander mon âme à Qui de droit, avec un q majuscule, mais je me suis fait l’effet d’un client oublié qui essaie d’attirer l’attention du serveur, et j’ai arrêté, par respect humain. Dieu (s’Il existe ; pour l’instant je n’ai aucune information de ce côté-là…), Dieu que je m’embête. Et je pressens que ce n’est qu’un début.

Quoi, ça faisait longtemps ! 3 mois que je n’avais pas lu/relu un roman de mon auteur chouchou ! Une éternité, en somme. Et donc, comme en ce moment je suis d’humeur chagrine, j’ai décidé de poursuivre mon challenge personnel « je relis toute l’œuvre de mon romancier préféré » avec ce roman qui est l’un de mes préférés.

Cela commence mal : un beau matin, Jacques Lormeau, quincaillier et artiste-peintre, se réveille mort dans les bras de sa maîtresse. Enfin se réveille… disons que son corps est toujours dans son lit, mais que son esprit flotte au-dessus du frigo de la caravane où il a élu domicile.

Il ne se passe rien d’autre : pas de tunnel de lumière, pas d’accueil par ses proches disparus. Par contre, sa mort est tout de même le début d’une drôle d’aventure.

Le roman étant entièrement écrit du point de vue d’un mort, on ne peut pas dire que cela manque d’originalité ; du reste, l’après-mort et la survie de la conscience est un sujet qui fascine notre auteur et que l’on retrouve beaucoup dans ses réflexions.

Mais ici, il choisit de le traiter de manière burlesque et irrévérencieuse, notamment dans sa manière d’évacuer totalement la dimension religieuse : car, malgré ce point de départ plutôt peu gai, le roman est drôle, et j’ai éclaté de rire à de nombreuses reprises ; ce qui ne l’empêche pas d’être tendre et émouvant, notamment dans la peinture de la relation père-fils, et de susciter la réflexion.

Il y a, évidemment, un aspect satirique avec un portrait assez navrant de la mesquinerie de la bourgeoisie de province, ses bassesses, le rôle des apparences. Mais ce qui est surtout passionnant, c’est la réflexion sur la vie, ce qu’on en fait, nos choix et nos renoncements. Et le travail du deuil : laisser partir ceux que l’on a aimés.

Un roman que j’ai une nouvelle fois adoré, qui m’a fait du bien, drôle, attendrissant, émouvant, non pas tour à tour mais en même temps. A savourer sans modération !

La vie interdite (lien affilié)
Didier van CAUWELAERT
Albin Michel, 1997 (Livre de poche)

13 réponses à “La vie interdite, de Didier van Cauwelaert”

  1. Avatar de bookyboop

    uuh, ça a l’air carrément sympa !et je ne connais pas du tout cet auteur !

  2. Avatar de clara

    je ne connaissais pas ce titre ! je note !

  3. Avatar de La plume et la page

    Un auteur qui me tente beaucoup mais dont je n’ai pas encore lu de livres…

    1. Avatar de Caroline Doudet

      c’est mon chouchou !

  4. Avatar de GentlemanW

    je ne connaissais le livre, mais l’envie de le lire est venue. vite….

  5. Avatar de ohoceane

    Tu vas finir par me convaincre de retourner vers cet auteur 🙂

    1. Avatar de Caroline Doudet

      j’en serais ravie !

  6. Avatar de biblioflo
    biblioflo

    Je n’ai jamais lu cet auteur mais tu m’as donné envie…

    1. Avatar de Caroline Doudet
  7. Avatar de Géraldine

    Mais combien de livres DVC a t-il écrits ? Je découvre ici toujours des « nouveaux » titres pour moi !

  8. […] peut paraître déstabilisant, puisque son narrateur est mort — mais pas un fantôme, comme dans un roman de Didier van Cauwelaert, non, simplement, il est mort. Mais il pense (à ses parents, à son enfance, à sa femme, à sa […]

  9. […] roman est une suite de La vie interdite, mais on peut tout à fait le lire de manière indépendante car les événements sont clairement […]

  10. […] coup de l’âme voyageuse qui regarde ce qui se passe autour d’elle après sa mort dans La vie interdite, mais là la réflexion, qui avait déjà un petit côté mystique, se double d’un aspect […]

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