Erotique de la baignade
Dans une de mes lectures actuelles sur l’Italie, dans un chapitre consacré à Porto Venere, le port de Vénus, je suis tombée sur cet extrait d’André Suarès, intitulé Nocturne de toute heure :
Belle, laisse-toi descendre dans le cristal caressant de soie fluide et de sourire bleu. A votre chair charmante, l’eau de ce golfe est un appel du délicieux silence. Ses ondes, qui frissonnent à peine, sont des lèvres, le doux frémissement veut courir sur vos fraises et rafraîchir le doux lys de vos flancs. Limpide enlacement de la mer transparente, la convoitise de l’eau cherche vos seins et la fleur de votre ventre. Comme les baisers presque immobiles du calme de la mer désirent obstinément votre forme, ô ma chère beauté ! Ce lac virginal a soif de votre grâce, vierge, et de vos sources tièdes. Venez dans l’eau, venez, ô venez vous baigner. L’onde matinale vous appelle. Son sourire de feuille et d’aile veut vous voir et vous toucher de plus près. Dans ces miroirs murmurants et si tendres, on ne trempe pas, pour un seul instant, un corps languissant qui se retire : on passe tout le jour dans la claire fraîcheur de la marine, à Porto Venere. Coupe de Cythère, plus voluptueuse d’avoir été portée aux bords de l’Occident, Port de Vénus le bien nommé ! Viens t’y rendre à ta prime demeure, sirène. Réponds à toutes tes sœurs, les sirènes qui t’attendent la gorge ruisselante. Ici, vous allez redevenir vous-même, vous refaire grand lys marin, nénuphar qui se réveille, anémone de la mer. Et la nuit même est si tiède et si claire, que vous serez dans cette eau délicieuse, où le ciel ne nous doit prêter que les étoiles, l’arc même de la lune absente et son collier perlé.
J’ai été profondément bouleversée par la sensualité de ce texte. Il parle de Porto Venere, où je n’ai pas prévu de me rendre dans l’immédiat parce que je ne peux malheureusement pas me rendre partout où j’ai envie d’aller. Mais, cet érotisme de la baignade, cette communion avec l’élément aquatique, c’est exactement ce que je ressens lorsque je suis dans l’eau : un plaisir intense, qui est presque d’ordre orgasmique. En tout cas, érotique. Et particulièrement bien sûr la première baignade de l’année, celle que j’ai attendu avec impatience pendant des mois. Encore deux, et je pourrai à nouveau me glisser voluptueusement dans les eaux cristallines de l’Adriatique.
L’eau, Vénus : ma déesse tutélaire est née dans l’eau, qui symbolise, notamment dans le Tarot, les émotions (les coupes). Et moi, je suis Poissons : c’est dans l’eau que je suis naturellement bien, à ma place — peut-être suis-je une sirène, car sur terre, même si j’aime infiniment les fleurs et les choses de la nature, je suis moins à mon aise. Et toutes les chaussures me blessent, comme si mes pieds étaient trop fragiles.
Bref : ce texte m’émeut profondément, car il allie la délicatesse de la langue à la sensualité profonde de la baignade. J‘espère qu‘il vous plaira autant qu’à moi !









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